Publifarum n° 44 - Stratégies discursives d'extrémisation et de réparation entre plasticité des notions et multiplicité des terrains

Quand la métaphore devient formule : analyse discursive de « submersion migratoire » dans la presse française

Elena Margherita Vercelli



Abstract

Francese  | Inglese 

Cet article interroge « submersion migratoire », expression métaphorique issue du discours du Front National (FN, puis Rassemblement National - RN) dès les années 1980. En nous appuyant sur l'Analyse du Discours Française (ADF), nous analysons deux corpus de presse française (2015, 2022) via Sketch Engine. L'approche, à la fois quantitative et qualitative, vise à déterminer si l'expression constitue une formule discursive en vérifiant les critères de Krieg-Planque : figement formel, ancrage discursif, statut de référent social, valence polémique intrinsèque. L'analyse révèle son rôle de vecteur métaphorique (LES MIGRANTS SONT DES FLUX D'EAU), qui circule interdiscursivement dans les médias, structure des oppositions polarisantes (nous/eux), s'associe souvent aux théories du « grand remplacement » et favorise ainsi un processus d'extrémisation discursive.


1. Introduction

L’expression « submersion migratoire » s’est imposée depuis les années 1980 comme un élément récurrent du débat public français. Née dans le discours du Front National (FN, rebaptisé plus tard Rassemblement National – RN1) et reprise par ses héritiers, elle illustre la façon dont certaines métaphores se figent, circulent et structurent l’opposition « nous/eux ». Cet article interroge son fonctionnement en tant que formule discursive (KRIEG-PLANQUE 2003, 2006, 2009, 2011) et son rôle dans les processus d’extrémisation des discours médiatiques et politiques.

L’étude s’appuie sur le cadre de l’Analyse du Discours Française, qui considère le discours comme une articulation entre formes langagières, conditions de production et circulation médiatique. Trois axes guident notre réflexion : la fonction médiatrice de la presse, qui sélectionne et mobilise des fragments discursifs (MOIRAND 2007), la notion de formule discursive; et enfin les stratégies de nomination métaphorique (BANG NILSEN 2017 ; GATTIGLIA 2025a, 2025b), par lesquelles l’immigration est cadrée comme un phénomène menaçant et irréversible, et qui peuvent ainsi contribuer à l’extrémisation des discours.

Méthodologiquement, l’étude repose sur deux corpus de presse (2015, 2022) analysés à l’aide de Sketch Engine (KILGARRIFF ET AL. 2004, 2014). L’approche, à la fois quantitative et qualitative, vise à comprendre si la métaphore liquide « submersion migratoire » est une formule discursive extrémiste dont la force tient à sa charge polémique et à sa circulation interdiscursive. 

2. L’Analyse du Discours Française

L’Analyse du Discours Française (ADF) fournit le socle théorique de cette recherche. Cette discipline envisage le discours comme une zone d’articulation entre la langue et ses extériorités, au croisement du linguistique, du social et du politique (PAVEAU 2017). L’attention ne porte donc pas seulement sur le contenu des énoncés, mais aussi sur les conditions sociales de leur production, de leur réception et de leur circulation, indissociables des lieux et des pratiques discursives qui les rendent possibles (MAINGUENEAU 1999). Loin de considérer le langage comme transparent, l’ADF insiste sur sa matérialité : chaque choix formel, tel que l’emploi d’une métaphore, produit des effets qui concourent à la construction du sens.

Ces principes offrent un cadre particulièrement pertinent pour l’étude des discours médiatiques et politiques : d’une part, parce qu’ils permettent d’analyser la circulation et la transformation des énoncés dans l’espace public ; d’autre part, parce qu’ils éclairent le rôle des opérations de nomination (SIBLOT 2001 ; VENIARD 2013) – et notamment de nomination métaphorique (BANG NILSEN 2017 ; GATTIGLIA 2025a, 2025b) – dans la construction sociale des objets et des événements. Dans cette perspective, nous montrerons pourquoi « submersion migratoire » n’est pas une simple désignation, mais une prise de position discursive, qui oriente l’interprétation du phénomène migratoire.

En outre, l’ADF fournit les outils nécessaires pour évaluer si cette métaphore peut être qualifiée de formule discursive (KRIEG-PLANQUE 2009), c’est-à-dire une séquence stabilisée et socialement saillante, dont la circulation contribue à structurer le débat public de façon, comme on le verra, essentiellement polémique.

2.1. La fonction médiatrice de la presse 

Les années passent, les supports évoluent, mais la presse reste au cœur de l’attention des sciences du langage. Elle constitue, pour reprendre les termes de Moirand (2007), un lieu de rencontre interdiscursif où s’entrecroisent les dires de différentes communautés, tissant une « ronde incessante des discours » (ibidem, p. 43). Tout énoncé est donc pris dans un réseau de relations avec ceux qui le précèdent et ceux qu’il anticipe et ce dialogisme, issu des thèses de Bakhtine, se manifeste de façon interactionnelle, lorsque le médiateur anticipe les questions de ses lecteurs, et intertextuelle, en tant qu’intégration implicite ou explicite d’emprunts à d’autres textes. Les discours médiatiques alimentent ainsi une mémoire collective en laissant des traces susceptibles d’être réactivées, par exemple lors de nouveaux « moments discursifs » (ibidem).

Ainsi, la presse ne se réduit pas à un canal de transmission : elle sélectionne, scénarise et met en circulation des fragments de discours qui, plus ou moins (dé)contextualisés et avec différents niveaux de figement, contribuent à donner de sens et à construire la réalité sociale (SEARLE 1998). 

Certaines de ces séquences2, par leur brièveté, leur saillance et leur potentiel polémique, peuvent se cristalliser en formules discursives et c’est précisément à elles que nous allons maintenant nous intéresser.

2.2. La formule discursive

La notion de « formule discursive », déjà introduite par Alice Krieg-Planque dans sa thèse de doctorat (2003), a été définie comme suit : 

À un moment du débat public, une séquence verbale, formellement repérable et relativement stable du point de vue de la description linguistique qu’on peut en faire, se met à fonctionner dans les discours produits dans l’espace public comme une séquence conjointement partagée et problématique. Portée par des usages qui l’investissent d’enjeux socio-politiques parfois contradictoires, cette séquence connaît alors un régime discursif qui fait d’elle une formule : un objet descriptible dans les catégories de la langue, et dont les pratiques langagières et l’état des rapports d’opinion et de pouvoir à un moment donné au sein de l’espace public déterminent le destin – à la fois envahissant et sans cesse questionné – à l’intérieur des discours. (KRIEG-PLANQUE 2003 : 14)

Elle se caractérise par quatre traits principaux : en premier lieu, par un certain degré de figement, en ce sens qu’elle est « portée par une forme signifiante relativement stable » (KRIEG-PLANQUE 2009 : 76) qu’il s’agisse d’un seul mot ou d’une unité lexicale complexe, comme dans le cas du syntagme nominal « submersion migratoire ». En deuxième lieu, elle ne prend véritablement de sens que dans son ancrage discursif : elle n’existe que par les usages contextuels qui l’actualisent. Elle peut préexister comme simple expression, mais c’est souvent à la faveur d’un événement particulier qu’elle accède au statut de formule à part entière. Troisièmement, elle joue le rôle de référent social, puisqu’elle fonctionne comme un signe immédiatement compréhensible par une communauté donnée à un moment donné. Cela explique sa fréquence de circulation et son potentiel créatif générant des néologismes variés – par dérivation, composition, défigement ou mots-valises – qui favorisent sa dissémination au-delà de son contexte d’origine. Autrement dit, la formule dépasse son cadre discursif premier pour circuler dans une pluralité de discours. 

Enfin, la formule comporte un aspect polémique intrinsèque, dans la mesure où elle est porteuse d’enjeux socio-politiques. Le refus de l’employer ou la mise à distance par un métadiscours explicite (du type « c’est votre expression, pas la nôtre ») constituent autant de formes de cette polémique ; ce qui explique l’intérêt pour ce type d’opération.

À cela s’ajoute une gradualité : une formule s’impose progressivement à travers ses reprises, ses variations et sa « publicisation » par les médias (RAUS 2010). Les formules émergent souvent dans le discours politique et sont relayées par les médias, qui apparaissent davantage comme des opérateurs de circulation que comme des créateurs. 

Nous pensons que la locution « submersion migratoire », propre au discours politique du FN/RN et, en particulier, à Marine Le Pen (JAMET & LAFIANDRA 2023 ; CONTI 2023), peut illustrer ce processus : répétée, réinvestie et contestée, elle acquiert une telle visibilité qu’elle parvient à diviser l’opinion publique. 

3. « Submersion migratoire » : un observable avec un double intérêt 

Sur le plan généalogique, l’expression « submersion étrangère » apparaît pour la première fois en mai 1983 dans un bulletin du FN (CAMUS 2025), puis dans un appel à manifester contre une « submersion [qui] engloutit les Français de souche » (DEMESMAY 2009). En janvier 1984, Jean-Marie Le Pen évoque à la radio le risque que l’immigration « finisse par submerger » la France (LE MONDE 1984). C’est à cette époque qu’il forge « submersion migratoire », qui, selon Darrigrand (2025), a échappé au processus d’édulcoration du parti lors de sa transition vers le RN. 

Cette locution présente pour nous un double intérêt en tant qu’observable3 : elle peut être analysée à la fois comme expression métaphorique4 et comme marqueur potentiel de discours extrémiste. 

3.1. Métaphores migratoires et polarisation discursive

Dans le cadre de la Conceptual Metaphor Theory (LAKOFF & JOHNSON 1980) et de la Critical Metaphor Analysis (CHARTERIS-BLACK 2004), la métaphore est conçue comme un mécanisme d’organisation de l’expérience et du savoir, qui fonctionne comme un dispositif de projection entre un domaine source (DS) et un domaine cible (DC). 

L’expression « submersion migratoire » constitue l’actualisation d’une des métaphores les plus fréquentes – sinon la plus fréquente – dans la représentation des phénomènes migratoires, à savoir : « LES MIGRANTS [DC] SONT DES FLUX D’EAU [DS]» (CASADEI 2025)5. Le transfert de traits d’un domaine à l’autre n’est jamais total : certains aspects du domaine source sont mis en avant tandis que d’autres sont relégués à l’arrière-plan ou effacés. C’est dans ce processus de highlighting et de hiding (LAKOFF & JOHNSON 1980 : 10) que réside le pouvoir de cadrage des métaphores, c’est-à-dire leur capacité à profiler un phénomène ou une expérience d’une certaine manière, en en promouvant une interprétation spécifique (CASADEI 2025 : 53).

Considérer les expressions métaphoriques conduit nécessairement à s’interroger sur l’orientation que celles-ci peuvent suggérer et sur le pouvoir qu’elles exercent sur les locuteurs, en transmettant un certain cadrage et un certain « point de vue » ou « positionnement » sur l’objet référentiel (dans la terminologie de l’ADF), qui découle du processus de nomination (SIBLOT 2001 ; VENIARD 2013 ; LONGHI 2015). Dans les mots de Siblot (2001) : 

à chaque actualisation, en fonction de contextes situationnel et communicationnel, en fonction de stratégies discursives également, le locuteur opte pour une appellation, simple ou complexe, lexicalisée ou non, dans laquelle il énonce sa prise de position et son point de vue à l’égard de l’objet nommé. (SIBLOT 2001 : 203)

On ne saurait, à cet égard, sous-estimer la portée argumentative des métaphores nominales (BONHOMME 2009 ; BANG NILSEN 2017), ni le risque de dérives idéologiques qu’elles peuvent entraîner dans la nomination des phénomènes complexes et controversés. Ce sont exactement ces deux dimensions qui retiennent l’attention des chercheurs de la « voie francophone » (ROSSI 2021b). Dans cette perspective, la cartographie proposée par GATTIGLIA (2025a, 2025b) permet d’aller plus loin : la métaphore peut être envisagée comme un argument condensé (PERELMAN & OLBRECHTS-TYTECA 1958 ; AMOSSY & KOREN 2009), qui fonde la structure du réel par analogie et dont la valeur dépend de ses actualisations discursives (BONHOMME ET AL. 2017). Elle mobilise non seulement des émotions et des affects, mais également une fonction cognitive et argumentative, en suggérant implicitement des solutions politiques (AMOSSY 2000). Son efficacité repose sur l’activation de schèmes partagés (PAVEAU 2006). C’est pourquoi certains auteurs appellent à une véritable veille métaphorique (RESCHE 2016), notamment face à ses usages stéréotypants et haineux (TURPIN 2023).

En revenant à notre observable, il est donc intéressant de voir comment « submersion migratoire » constitue une nomination métaphorique qui condense un cadrage des migrations comme une catastrophe naturelle et qui, à ce titre, est susceptible de polariser le débat qui les concerne et – formulons-en l’hypothèse – de favoriser la circulation d’un discours extrémiste.

3.2. L’extrémisation du discours

Définir ce que sont les discours « extrêmes » ou « extrémistes » demeure une tâche délicate, tant la littérature scientifique propose une pluralité de définitions et de cadres d’analyse. 

L’extrémisme est généralement compris comme une notion relationnelle et située (GATTIGLIA 2025b), construite par contraste avec les normes sociales établies (RINN 2023 ; BAIDER & CONSTANTINOU 2024). Ces discours se distinguent par leur recours au pathos et à la violence verbale, ainsi qu’aux stratégies se rapprochant souvent des discours de haine et structurant l’opposition « nous/eux » (BAIDER & CONSTANTINOU 2024). Parmi ces stratégies figurent la dichotomisation et la polarisation (AMOSSY 2014), l’usage d’un registre émotionnel agressif et des procédés de stéréotypisation, de disqualification ou de démonisation (BAIDER & GREGORIU 2024).

Cette confusion définitionnelle n’est pas sans conséquences. Elle engendre un risque de circularité dans les définitions, une difficulté à distinguer l’extrême d’autres notions concurrentes (discours radical, populiste, de haine), et met en évidence la nécessité d’une définition linguistique ancrée dans les formes discursives elles-mêmes plutôt que dans des critères externes (GATTIGLIA 2025b).

Aux fins de cet article, nous suivons donc Gattiglia (ibidem) en adoptant une définition opératoire fondée sur l’idée d’un processus d’extrémisation discursive (déjà identifié par GIAUFRET, ROSSI & VICARI 2022). Ce processus peut être observé à travers différents marqueurs linguistiques et discursifs : dynamiques énonciatives de points de vue (RABATEL 2005), représentations de « discours autres » (AUTHIER-REVUZ 1995), néologismes (BOUZEREAU 2019) stratégies rhétoriques et lexicales (GATTIGLIA 2025a, 2025b), mais aussi intégration d’éléments radicaux dans des discours supposés plus neutres, tels que ceux de la presse. 

4. Méthodologie et corpus

En amont de l’analyse, deux corpus de référence (RASTIER 2005) ont été constitués afin de couvrir deux moments-clés du débat public en France : l’année 2015, associée à la soi-disant « crise migratoire », et l’année 2022, marquée par le début de la guerre russo-ukrainienne et le conséquent afflux de réfugiés dans plusieurs pays européens, dont la France. Leur compilation a suivi les recommandations méthodologiques de Pincemin (1999, 2007), en combinant une délimitation temporelle précise, le choix de journaux aux lignes éditoriales et orientations hétérogènes, et une stratégie de sélection basée sur mots-pivots appliquée à la base de données EUROPRESSE. Le tableau 1 en présente les propriétés principales. 

Corpus

Période

Mots-pivots

Sources

Taille

FR_2015_total

01/01/2015 – 31/12/2015(réfugié* OR “demandeur* d’asile” OR migrant* OR immigré*) AND (crise OR urgence)La Croix, Le Figaro, Le Monde, Libération, Valeurs Actuelles 2669 textes (2,345,054 occurrences)

FR_2022_total

01/01/2022 – 31/12/2022(réfugié* OR “demandeur* d’asile” OR migrant* OR immigré*) AND (crise OR urgence)La Croix, Le Figaro, Le Monde, Libération, Valeurs Actuelles1511 textes (1,909,170 occurrences)
Tableau 1 : Informations sur le corpus

À partir de ces corpus, nous nous sommes concentrée sur un sous-corpus d’étude (RASTIER 2005) ne retenant que les textes contenant le substantif « submersion », extraits via Sketch Engine (KILGARRIFF ET AL. 2004, 2014). Les occurrences littérales ont été écartées. Deux particularités émergent : l’absence totale d’occurrences dans La Croix – source présente dans le corpus de référence –, et la rare mention des réfugiés ukrainiens malgré le focus 2022 sur la guerre en Ukraine. Ces particularités ouvrent la voie à autant d’hypothèses, qui ne seront pas vérifiées ici mais pourraient faire l’objet d’études ultérieures : dans le premier cas, on peut supposer que le journal à orientation religieuse, attaché aux valeurs chrétiennes d’accueil, évite délibérément une expression typique des milieux d’extrême droite hostiles aux migrants. Par contre, le deuxième cas pourrait suggérer que les métaphores aquatiques apparaissent surtout dans des contextes où la migration se fait par voie maritime (et non terrestre).

La démarche adoptée est mixte : quantitative, grâce à Sketch Engine, qui a permis le repérage des occurrences et le calcul de leur fréquence ; et qualitative, par l’analyse fine des énoncés dans leurs conditions de production (date, source, thématique, cotexte discursif). Ce double regard permet d’évaluer le potentiel de « submersion migratoire » en tant que marqueur métaphorique de discours extrémiste et d’examiner, à la lumière des critères de Krieg-Planque, sa possible stabilisation en formule discursive.

5. Analyse

5.1. Le corpus de 2015 et la « crise migratoire » 

Dans le corpus de 2015, les 17 occurrences métaphoriques de submersion apparaissent dans 11 articles, majoritairement liés aux propos de MLP, dans un contexte de forte médiatisation de la « crise migratoire » et des tensions à Calais.

5.1.1.  « Submersion migratoire » et « grand remplacement » : crise identitaire et rhétorique complotiste

La source la plus proche de l’extrême droite, l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, publie  un entretien du politique ultraconservateur Philippe de Villiers, qui adopte une posture qualifiée de « métapolitique » : il se présente comme une voix dissidente, hors du champ électoral, mais porteuse d’une « vérité » à transmettre (a, b).

De Villiers déploie une rhétorique catastrophiste où « submersion migratoire » fonctionne comme un référent social stabilisé. La métaphore n’est pas expliquée mais posée comme une évidence partagée avec le lectorat et intégrée dans une série cumulative de dangers existentiels : une France personnifiée est peinte comme « submergée », « effondrée », menacée d’une « désintégration culturelle » et d’une « guerre » qui en fera « un Kosovo islamique ». Le discours s’organise ainsi autour d’une logique de surenchère, inscrivant l’argumentation dans un imaginaire de ruine et de conflit. MLP est elle-même intégrée dans ce dispositif métaphorique, peinte comme un « plombier polonais » utilisé pour « purger les tuyaux », tout en étant présentée comme la « traduction politique de la souffrance identitaire ». 

À cela s’ajoute un discours proche des théories conspirationnistes du « grand » et « petit remplacement6 », ce qui engendre un renversement symbolique et nourrit le sentiment de trahison identitaire. On retrouve cette même logique complotiste – formulée de manière plus ou moins explicite – dans d’autres textes du corpus, notamment dans une tribune publiée par Le Figaro (c). L’article réagit à une polémique sur l’avenir des églises catholiques en France. L’auteur prend fermement position en faveur d’une continuité chrétienne de l’identité française, contre ce qu’il appelle le « relativisme multiculturaliste ». 

La métaphore y apparaît sous la variante de « submersion culturelle », qui déplace l’image aquatique du registre démographique vers une menace civilisationnelle et une « dépossession » symbolique.

Un deuxième article du Figaro (d) prolonge cette dynamique, où la métaphore liquide naturalise l’idée d’une masse destructrice et où les « dénégationnistes » (médias, gauche, intellectuels, représentés par le néologisme « islamo-gauchisme ») sont accusés d’occulter la réalité. L’auteur emploie « submersion migratoire » comme une formule-évidence, sans la définir, dans une triade alarmiste déjà fréquente dans les discours d’extrême droite : « invasion », « submersion », « islamisation ». 

La proximité aux théories complotistes est évoquée également dans un entretien avec Nicolas Lebourg dans Le Monde (e). En commentant le discours du FN à la veille des élections régionales, l’historien inscrit « submersion migratoire » dans des thématiques caractéristiques des discours extrémistes (crainte de l’ennemi extérieur, trahison des élites, « crise identitaire » européenne) et relie explicitement le lexique du FN aux peurs collectives et à la diffusion du « grand remplacement ». En outre, la « submersion » s’accompagne d’autres métaphores aquatiques (« afflux », « fuite d’eau », attribuée à Nicolas Sarkozy) qui restituent l’image d’un flux continu. La présence des guillemets autour de « submersion migratoire » signale la volonté de parler de l’expression en tant que signe linguistique typique de la rhétorique du FN et donc d’en prendre les distances.

5.1.2.  Déconstruction métadiscursive et polarisation pathémique

À rebours de la presse conservatrice, Libération adopte une posture métadiscursive : l’article de fact-checking déconstruit les intox de MLP et montre comment notre observable contribue à façonner un climat d’inquiétude (f). Le quotidien de gauche relève non seulement les erreurs factuelles (sur les chiffres, les sources ou les interprétations), mais met aussi en lumière la logique discursive sous-jacente aux propos de la politicienne. L’intertextualité est marquée : plusieurs intox reprennent des informations issues de Valeurs Actuelles, des tabloïds britanniques ou des discours mêmes de MLP, qui sont ensuite commentées pour être démenties. 

En continuité avec Libération, Le Monde utilise la distanciation énonciative et analyse la charge pathémique et stratégique de la métaphore. Dans l’éditorial du 8 septembre (g), MLP est présentée comme l’héritière directe de son père et comme porteuse d’un discours « détestable mais redoutable », capable d’imposer son cadrage à l’opinion publique. La « submersion » s’accompagne à une autre métaphore aquatique – l’ « afflux massif » – et cadre l’immigration comme un « fardeau » et une maladie qui « tétanise » les responsables politiques. 

L’analyse des occurrences de l’éditorial (g) et des autres reportages du Monde (h-l) montre une trajectoire cohérente : la locution « submersion migratoire » est systématiquement mise entre guillemets, ses sources soulignées et ses effets dramatisants mis en évidence, notamment la stratégie de polarisation du FN. Dans le contexte post-attentats du 13 novembre7, la rhétorique de MLP s’inscrit dans une continuité métaphorique aquatique, belliciste et catastrophiste (« submersion », « invasion », « barrière à ériger ») qui alimente la peur et divise l’opinion publique. Le FN parvient ainsi à capter l’agenda médiatique, à imposer son lexique et à construire un clivage « nous/eux » (Calaisiens vs vagues de migrants, Français vs « islamisation »). Cet imaginaire est renforcé par la symbolique de Calais comme ville-frontière, où la métaphore aquatique devient le slogan central du discours anti-immigration, projeté à l’écran (« vague Bleu Marine ou vagues de migrants ») et repris sur tracts et affiches (« Stop à la submersion migratoire »).

5.2. Le corpus de 2022 : entre guerre en Ukraine et affaire de l’Ocean Viking

Dans le corpus 2022, « submersion » apparaît 17 fois : une occurrence au sens propre d’« inondation » a été exclue, alors que les 16 restantes se répartissent dans 9 articles.

5.2.1.  Un événement catalyseur : l’affaire de l’Ocean Viking

Trois des quatre articles du Figaro montrent comment un événement médiatique ponctuel, l’affaire de l’Ocean Viking8, peut agir comme un catalyseur de la circulation du syntagme nominal. 

L’article du 10 novembre met en scène Emmanuel Macron face à un dilemme : accueillir ou refuser un navire transportant des migrants en Méditerranée. La situation se joue sur deux fronts : diplomatique – « bras de fer » avec l’Italie de Giorgia Meloni – et politique intérieur. La métaphore apparaît dans deux passages clé (m, n) entre guillemets – marque de discours autre (AUTHIER-REVUZ 1995) –, attribuée à un discours « populiste » comme on peut le déduire du cotexte. Le recours aux guillemets exemplifie la modalisation autonymique au sens d’Authier-Revuz (1982) : l’expression est simultanément en usage et en mention, permettant au journaliste de relayer un énoncé controversé tout en prenant ses distances.

Le lendemain (11 novembre), les guillemets disparaissent au profit d’une référence explicite au discours du RN, ce qui renforce la valeur de marqueur identitaire de la métaphore, ainsi que sa normalisation dans l’espace médiatique (o). 

Enfin, dans une tribune du 12 novembre, la « submersion » devient « démographique » (p).

Encore une fois, l’immigration est associée à une catastrophe dévastatrice, responsable de la « déstructuration » et de la « fracture » sociale. En l’ancrant dans un registre pseudo-analytique, l’auteur de la tribune lui confère une légitimité apparente, favorisée, par exemple, par la présence de l'adverbe « objectivement ». 

Similairement au corpus de 2015, la métaphore apparaît comme l’axe central d’un discours polémique qui dramatise les migrations, délégitime l’asile et l’humanitarisme et construit un imaginaire apocalyptique de renversement civilisationnel, où l’Occident serait voué à disparaître s’il ne « défend pas ses frontières ». Tout au long de l’article, elle se combine d’ailleurs avec une autre image récurrente des discours anti-immigration, celle de la guerre, qui représente l’Europe comme une forteresse à protéger contre un envahissement.

5.2.2.  La marginalité du conflit russo-ukrainien

Le quatrième et dernier article du Figaro est presque le seul à évoquer explicitement la guerre russo-ukrainienne, ce qui nous conduit à formuler l’hypothèse que la métaphore aquatique fonctionne surtout dans des contextes où les migrants arrivent par voie maritime, et non terrestre comme les réfugiés ukrainiens. Il s’agit d’un entretien avec Alain Finkielkraut, centré sur des enjeux géopolitiques et civilisationnels (continuité impériale russe, rôle de l’Europe, souveraineté et humanitarisme), où les migrations n’apparaissent qu’en conclusion (q).

L’expression est mobilisée dans un cadre résolument polémico-politique, pour illustrer l’antagonisme et la radicalisation des positions dans le débat sur l’accueil des réfugiés. Elle met en scène un faux dilemme (racisme vs submersion) qui réduit la complexité de la question migratoire à deux pôles irréconciliables, où le racisme reproché par la gauche à la droite s’oppose à la « submersion », invoquée par la droite pour désigner un problème qu’elle impute à la gauche. Ce passage montre que la locution est désormais suffisamment stabilisée pour être reprise comme une catégorie de débat public citée et discutée, quoique toujours en lien avec l’extrême droite. 

Un deuxième écho à l’Ukraine ressurgit dans un article du Monde, où la « submersion » est mentionnée en tant qu’argument rhétorique des ultraconservateurs (r). Elle n’est pas reprise par le journaliste mais signalée avec distanciation, puis relativisée par les données factuelles qui contredisent l’idée d’une arrivée massive. Ainsi, dans Le Monde, la métaphore sert moins à décrire qu’à illustrer une rhétorique partisane, immédiatement neutralisée par l’appui aux chiffres et aux analyses d’experts.

5.2.3.  Métadiscours, contre-appropriation et critique idéologique

Dans un long texte de mise en perspective qui interroge le « retour du tragique » à l’ère guerre/pandémie, nous observons une cognition métadiscursive explicite du Monde (s). L’auteur met en garde contre la « bataille des mots » qui précède et prépare – ou accompagne – les guerres, montrant une fois encore que les usages métaphoriques peuvent devenir de véritables instruments de conflictualisation. La « submersion » est consolidée par d’autres métaphores liquides (« endiguées », « dilution ») et insérée dans un inventaire plus large de termes relevant du domaine politico-militaire (« guerre de civilisation », « tyrannie »). L’analyse met en évidence l’essor d’une « rhétorique belliciste » qui ne se limite pas à l’extrême droite (Zemmour, Le Pen), mais s’étend à d’autres personnalités médiatiques, au moyen de « mots-armes » dont la puissance performative est fortement polarisante (résistance vs tyrannie, identité vs dilution).

Le « démasquage » métadiscursif des stratégies employées par MLP et son parti se poursuit dans un article de Libération sur les élections de 2022 (t). De tonalité critique, il se penche sur le programme de la candidate du RN, en soulignant ses incohérences. Le texte décode sa stratégie de « normalisation » (ou de dédiabolisation, au sens de ALDUY et WAHNICH 2015), tout en montrant les conséquences antisociales de ses mesures. L’emploi autonymique de « submersion migratoire » met en relief la non-coïncidence entre les mots et les choses (AUTHIER-REVUZ 1995) et correspond à une « mise en question offensive du caractère approprié du nom » (AUTHIER-REVUZ 1981 : 132). Cette parole d’ordre programmatique sert de pivot discursif au projet du RN : présenter comme cohérentes et nécessaires des mesures xénophobes, en les inscrivant dans la défense des « familles françaises ». 

Nous terminons l'analyse de 2022 avec deux publications en ligne de Valeurs Actuelles, dont le positionnement « classé à l'extrême droite, condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine9 » fournit des pistes particulièrement intéressantes. 

Dans le premier article, l’hebdomadaire relaie une interview de la députée de gauche Clémentine Autain, qui critique la « macronie » et ses politiques accusées de faire le jeu de l’extrême droite (u). Autain réalise une opération de renversement : le véritable danger n’est pas une « submersion migratoire » (qu’elle qualifie d’hypothétique et de factuellement fausse), mais bien une « submersion par les idées du RN ». Cet emploi polémique constitue une contre-appropriation discursive, où la métaphore aquatique, désormais largement lexicalisée, est détournée et resignifiée : la cible habituelle (les migrants) est remplacée par un nouvel objet (l’influence idéologique du RN). Il s’agit de ce que Paissa (2019), s’appuyant sur Prandi (2002), décrit comme la possibilité de réactiver le conflit conceptuel latent des métaphores, en intensifiant leur orientation axiologique. L’orientation négative de la « submersion » est maintenue, mais elle est inversée dans son attribution, la transformant en outil de critique politique contre la pénétration d’un lexique et de représentations extrémistes dans le débat public. En même temps, cet usage fait écho à la métaphore conceptuelle déjà réappropriée par le FN/RN lui-même, qui se présente comme une « vague » irrésistible (GATTIGLIA 2025). Ainsi, la réactivation opérée par Autain dialogue, mais à rebours, avec l’imaginaire aquatique de l’extrême droite.

Cet épisode prend une importance distinctive si l’on considère que la vidéo a été relancée par Valeurs Actuelles, dont l’orientation éditoriale est a priori en contradiction avec l’intervention de la députée. On peut toutefois supposer que ce choix visait moins à donner de la visibilité à la critique des ultraconservateurs qu’à mettre en avant la prise de position anti-Macron d’une élue de gauche, en instrumentalisant ainsi ses propos dans un cadre polémique plus large.

Enfin, le dernier article présente un cas unique de transfert discursif dans le corpus : la métaphore aquatique, typiquement méditerranée, est appliquée à un contexte géopolitique très éloigné de la France ou de l’Europe, celui des États-Unis (v). Introduite sous forme de citation rapportée, elle sert à dénoncer la situation au Texas, présenté comme victime d’une « submersion » de migrants latino-américains. Outil de dramatisation politique, elle est ici destinée à disqualifier la politique migratoire fédérale et à mettre en difficulté Kamala Harris. Cet exemple illustre la plasticité d’une métaphore susceptible, notamment dans certains milieux conservateurs, de dépasser le cadre français et de circuler dans d’autres contextes politiques et discursifs.

6. La « submersion migratoire » : une formule discursive ?

Comme nous l’avons anticipé au début, le concept de formule discursive a des implications méthodologiques importantes pour l’étude du discours et offre un outil analytique pour aborder ce qui, autrement, ne serait que de simples impressions sur la circulation des mots. Il fournit un cadre permettant d’étudier rigoureusement des expressions récurrentes, relativement stables et figées, qui fonctionnent comme des référents sociaux et des nœuds polémiques dans les discours où elles émergent, et d’en suivre la trajectoire. En reprenant les critères identifiés par Krieg-Planque et en naviguant entre la micro-analyse lexico-discursive et la macro-analyse du contexte socio-communicatif, nous allons maintenant vérifier si « submersion migratoire » peut être considérée comme une formule discursive.

6.1. Discussion des résultats et conclusion

En ce qui concerne le figement, « submersion migratoire » est une locution relativement stabilisée, née d’un processus de répétition et de sloganisation au sein du FN/RN, de Jean‑Marie Le Pen en 1983 jusqu’à Marine Le Pen en 2022 et au‑delà. Notre analyse montre un usage systématique qui dépasse le seul discours partisan pour apparaître dans divers contextes, genres et supports (interviews, tracts, affiches, presse). Parallèlement, des opérations de défigement se sont développées, lorsque des acteurs discursifs ont essayé de modifier ou de détourner la formule – comme dans ses variantes « submersion culturelle » ou « submersion démographique » – la rendant à nouveau ouverte à l’inventivité lexicale. Un autre indice de stabilité réside dans l’analyse quantitative : dans Europresse, entre 2015 et 2022, « submersion migratoire » figure dans 192 articles de nos journaux de référence. En élargissant la recherche aux formes verbales (« submerger », notamment dans « submergés de migrants ») qui co‑occurrent avec « migration », « migrant(s) », « réfugié(s) », nous avons recensé plus de 600 occurrences, confirmant à la fois le figement de la formule et la vitalité de la métaphore aquatique au‑delà du syntagme figé. Plus largement, en croisant dans Europresse les occurrences issues de la presse et des réseaux sociaux, on dénombre plus de 2000 sources, en majorité liées à la communication du RN et de MLP. Cette diffusion illustre bien la dynamique décrite par Krieg‑Planque : une formule qui fonctionne comme une séquence stabilisée, mais sans cesse réactivée par des variations (défigement), ce qui en atteste également la dimension proprement discursive.

L’expression n’est pas une formule « en soi » : elle le devient parce qu’elle est reprise, discutée, critiquée et relancée dans différents espaces politiques et médiatiques. Même lorsqu’elle est contestée (par exemple dans une logique de fact-checking ou quand elle est placée entre guillemets), elle continue de circuler en tant que parole d’autrui, ce qui manifeste sa nature éminemment interdiscursive et dialogique, au sens bakhtinien, puisqu’elle charrie avec elle toute une série de traces d’autres discours. Par ailleurs, son pouvoir d’impression est renforcé par son inscription dans un essaim métaphorique (PRANDI & MATTERA 2011) – « afflux », « vagues », « débordement », « fuite d’eau » –, qui contribue à cristalliser une certaine représentation collective de la migration. La métaphore évoque immédiatement un cadre interprétatif : l’immigration est un flux menaçant, incontrôlable et destructeur. Elle ne nécessite pas d’explicitation dans les textes qui l’emploient, signe d’un référent largement reconnu et partagé, non seulement par le public cible primaire (c’est-à-dire un électorat potentiel sensible aux discours extrémistes des ultraconservateurs), mais aussi par ceux qui s’en distancient pour la critiquer métadiscursivement. De ce fait, elle s’impose comme un référent polémique stabilisé, autour duquel se structurent des débats et des clivages identitaires. Sa valence polémique est intrinsèque : elle véhicule des enjeux socio-politiques controversés et se trouve au cœur des discussions qui portent à la fois sur ce qu’elle désigne (le référent) et sur la manière dont elle le fait. Toute la gamme des stratégies de nomination et de catégorisation du réel y est mobilisée : la formule est utilisée pour polariser (« nous »/« eux »), associée à des scénarios complotistes, et suscite des contre-discours. 

En conclusion, « submersion migratoire » semble remplir l’ensemble des critères d’une formule discursive, malgré les limites de notre corpus, bien plus restreint que ceux de Krieg-Planque sur « purification ethnique » ou « développement durable ». Elle tire son intérêt de son fonctionnement comme vecteur métaphorique du discours extrémiste, circulant avec l’adhésion ou la mise en discussion des médias se présentant comme neutres. Conformément au principe d’imposition graduelle, notre analyse ne constitue qu’une première étape, qui pourra être prolongée par de futurs travaux, dont quelques pistes ont été esquissées dans ces pages.


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Note

↑ 1 Le Front National (FN), devenu Rassemblement National (RN) en 2018, est un parti politique français d’extrême droite fondé en 1972. Dirigé successivement par Jean-Marie Le Pen (1972-2011), Marine Le Pen (2011-2021) puis Jordan Bardella depuis 2021, il s’inscrit durablement à l’extrême droite de l’échiquier politique.

↑ 2 Ces séquences sont, comme le rappelle la définition de Krieg-Planque, d’abord des « séquences verbales », c’est-à-dire des chaînes formelles de mots, isolables, repérables et descriptibles à l’aide des outils textométriques. Ces séquences verbales s’ancrent ainsi dans la matérialité linguistique et, à travers leurs usages, entrent dans un régime discursif ; elles peuvent alors, lorsqu’elles évoluent en formules, fonctionner comme des nœuds discursifs mettant en jeu la mémoire discursive, les relations intertextuelles et l’inscription dans des communautés discursives.

↑ 3 En paraphrasant maints discursivistes, nous pouvons avancer qu’en analyse du discours, les observables désignent les traces empiriques (linguistiques, textuelles, énonciatives et interdiscursives) que l’analyste peut identifier dans un corpus et à partir desquelles il construit des catégories d’interprétation (cf. MAINGUENEAU 1991 ; CHARAUDEAU & MAINGUENEAU 2002 ; MOIRAND 2006). Autrement dit, ils sont les objets d’étude de cette discipline.

↑ 4 Loin d’être une simple figure de style, « [l]a métaphore possède une identité complexe et plurielle, dont l’étude mobilise un large éventail de disciplines et de compétences.  Elle est une stratégie active au service d’une pensée spontanée et cohérente, qui motive les extensions de sens lexical – et donc la polysémie – ainsi que l’évolution historique des valeurs et des contenus lexicaux. En tant que telle, elle constitue une structure conventionnelle appartenant à un patrimoine de ressources sur lesquelles le locuteur s’appuie. Toutefois, elle est aussi un procédé de création conceptuelle qui engage les structures porteuses de la grammaire des langues […]. À ce titre, elle est un instrument actif dans la construction des textes de toute nature et de tout contenu, qu’il s’agisse de textes littéraires et poétiques ou d’argumentation politique » (CIRM 2025 : 1, traduction personnelle). La définir dans toute sa complexité dépasserait les limites d'espace disponibles, ainsi que l'objectif de cet article, mais pour une synthèse récente des différentes approches du concept de métaphore, nous renvoyons à Rossi (2021a). La piste que nous avons choisi de suivre ici réunit les approches conceptuelles et cognitivistes d’inspiration anglo-saxonne (LAKOFF & JOHNSON 1980 ; CHARTERIS-BLACK 2004) avec la « voie francophone » (ROSSI 2021b) et sera présentée plus loin.

↑ 5 Les appellations de cette métaphore (dite par exemple « aquatique » ou « liquide ») peuvent varier selon le domaine source retenu. Pour une présentation d’ensemble de la représentation métaphorique des phénomènes migratoires et, en particulier, de la métaphorisation des migrants comme flux d’eau, nous renvoyons à Casadei (2025).

↑ 6 Dans les discours ultraconservateurs, circulent fréquemment les thèses « remplacistes », qui attribuent aux « élites mondialistes » un projet de substitution de la population européenne par une population majoritairement musulmane venue du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. Popularisée par Renaud Camus dans Le Grand Remplacement (2011), cette théorie s’est diffusée dans les milieux de droite avant d’être largement reprise par l’extrême droite radicale et populiste, où elle s’intègre à des récits millénaristes et connaît une forte résonance (ALDUY & WAHNICH 2015 ; IGOUNET & REICHSTADT 2018 ; ANGENOT 2019). Toujours chez Camus, le « petit remplacement » désigne le basculement de la classe de référence culturelle (de la bourgeoisie cultivée vers une petite bourgeoisie consumériste et médiatique), qui préparerait le « grand remplacement ». Par exemple, dans l’article de Valeurs Actuelles, le migrant remplace le prolétaire et le peuple migrant devient le « nouveau peuple élu ».

↑ 7 Le 13 novembre 2015, la France a été frappée à Paris et à Saint-Denis par une série d’attentats terroristes coordonnés, menés par trois commandos islamistes et revendiqués par l’organisation État islamique (Daech), qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés, notamment lors de l’attaque du Bataclan.

↑ 8 L’Ocean Viking est un navire humanitaire transportant plusieurs centaines de personnes migrantes auquel l’Italie avait refusé l’accostage à l’automne 2022.

↑ 9  https://fr.wikipedia.org/wiki/Valeurs_actuelles, consulté le 19 décembre 2025.


 

Dipartimento di Lingue e Culture Moderne - Università di Genova
Open Access Journal - ISSN électronique 1824-7482